La nutrition est fondamentale pour la santé, l’éducation, la croissance économique et la résilience des sociétés. Pourtant, elle reste l’un des enjeux les moins prioritaires du développement mondial — alors même que les financements diminuent, que le retard de croissance chez les enfants augmente pour la première fois depuis plus de deux décennies et que près de cinq millions d’enfants meurent encore chaque année avant leur cinquième anniversaire, dont la moitié en raison de la malnutrition.
Face à un tel constat, Nutrition International et le groupe de travail sur la santé du C7 ont collaboré à la rédaction d’un mémoire sur la situation nutritionnelle mondiale. Il appelle les membres du G7 et leurs partenaires à accroître et optimiser le financement, à élargir l’accès aux interventions nutritionnelles essentielles, à intégrer la nutrition dans les systèmes alimentaires, climatiques et sanitaires, et à renforcer les systèmes nationaux pour en accroître la responsabilisation et l’impact.
Chaque dollar investi dans la lutte contre la malnutrition génère un rendement de 23 dollars. Non seulement il s’agit d’un impératif moral, l’investissement dans la nutrition est très judicieux pour la stabilité mondiale, la résilience et la prospérité partagée.
La nutrition, pierre angulaire de la santé et de l’équité mondiales : un appel à l’action à l’intention des membres et partenaires du G7
Lire le texte au complet :
La nutrition, pierre angulaire de la santé et de l’équité mondiales : un appel à l’action à l’intention des membres et partenaires du G7
Le manque de priorité accordée à la nutrition alimente une crise sanitaire mondiale. Il entraîne des répercussions sérieuses, notamment des décès d’enfants évitables, la mortalité maternelle et un ralentissement des progrès vers la réalisation des ODD, qui sont essentiels pour la sécurité et les intérêts économiques du G7.
La nutrition est fondamentale à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD). Les progrès en matière de santé, d’éducation, d’égalité des sexes et de croissance économique reposent effectivement sur une population bien nourrie. Comme 12 des 17 objectifs sont étroitement liés à la nutrition,[1] le respect des engagements mondiaux en faveur des ODD exige que les pays prennent la prévention et le traitement de la malnutrition en considération. Pourtant, malgré son rôle central, la nutrition reste reléguée au second plan dans l’attention politique, les politiques publiques et le financement.
La malnutrition prend plusieurs formes : sous-alimentation, carences en micronutriments, surpoids et obésité, ainsi que maladies non transmissibles (MNT) liées à l’alimentation. Elle constitue à la fois une cause[2] et une conséquence de multiples facteurs interdépendants. La malnutrition découle directement de l’alimentation et des soins dont bénéficie une personne. Toutefois, les systèmes alimentaires, sanitaires et éducatifs, l’environnement socioculturel (y compris les normes de genre, l’eau, l’assainissement et l’hygiène), les changements climatiques, les crises économiques et politiques, et la sécurité influencent fortement la situation nutritionnelle.
Des crises mondiales multiples, répétées et graves ont entraîné une détérioration des résultats de santé et de survie à travers le monde, en particulier pour les femmes et les enfants. Le monde assiste à un recul de la survie infantile, avec un nombre croissant de décès d’enfants. Le retard de croissance chez les enfants augmente pour la première fois depuis plus de deux décennies, ce qui sape des années de progrès et cause des dommages irréversibles à la santé physique et mentale de la prochaine génération.( En 2024, l’émaciation, soit la forme la plus grave et la plus mortelle de malnutrition, menaçait la vie de 42,8 millions d’enfants de moins de cinq ans dans le monde.[4] Chaque année, des millions d’enfants continuent de mourir de causes évitables, tandis que des interventions rentables, à impact élevé et fondées sur des données probantes restent sous-financées et hors de portée.
Les investissements dans la nutrition et le développement contribuent à la sécurité nationale et à la stabilité des pays du G7, stimulent les opportunités économiques et permettent de relever les défis mondiaux communs.
Selon une étude réalisée en 2025 par Standing Together for Nutrition, l’aide mondiale au développement consacrée aux programmes de nutrition a chuté de 44 % par rapport à 2022[5]
Il s’agit là d’un échec à la fois moral et économique. Alors que les gouvernements se retrouvent devant des choix budgétaires difficiles à l’heure actuelle, la relance de l’action en faveur de la nutrition et de la survie des enfants nécessite un leadership politique plus fort, un financement plus judicieux et un soutien accru aux initiatives que les pays dirigent. Le monde se trouve à un tournant critique et le G7 offre une occasion opportune de contribuer à inverser les tendances actuelles et de mener une action collective ciblée pour améliorer les résultats de nutrition et accélérer les progrès vers l’objectif d’éliminer les décès évitables chez les enfants.
La nutrition est fondamentale pour la santé, le bien-être, l’apprentissage, l’équité, le capital humain et la résilience des sociétés
Les populations bien nourries sont en meilleure santé, plus productives, plus résilientes face aux chocs et mieux à même de contribuer à la croissance de leur pays. La nutrition n’est pas seulement une question de santé ou d’alimentation; c’est un investissement judicieux qui stimule l’éducation et l’apprentissage, la productivité et la croissance économique à long terme, avec un rendement des investissements très élevé.[6]
Selon le Cadre d’investissement pour la nutrition de la Banque mondiale, chaque dollar investi dans la lutte contre la malnutrition génère un rendement de 23 $ US
Recommandations
Alors que les dirigeants du G7 se réunissent dans un contexte où les avertissements se multiplient quant au risque que la guerre en Iran plonge 45 millions de personnes supplémentaires dans une insécurité alimentaire aiguë — avec des conséquences dévastatrices sur la nutrition et la santé —, la crise mondiale de malnutrition, déjà sans précédent, est appelée à s’aggraver. Il importe d’agir de manière urgente pour placer la nutrition au cœur des efforts mondiaux de santé et de développement. Une telle action doit reposer sur un financement durable et des systèmes coordonnés et résilients qui permettent une prestation de services intégrée. La priorité directrice de toutes les actions du G7 doit porter sur le renforcement des systèmes des pays.
Plus précisément, les membres et partenaires du G7 devraient :
Renforcer et optimiser le financement de la nutrition
- Influencer et améliorer l’efficacité du financement existant en nutrition : investir dans le renforcement des systèmes de financement afin de mieux coordonner et suivre les investissements en nutrition. Intégrer la nutrition dans les plans et budgets sectoriels pertinents afin de maximiser le financement alloué à la nutrition. Soutenir la mise en œuvre et l’imputabilité concernant tous les engagements du N4G ainsi que le droit à l’alimentation et à la nutrition. Soutenir un suivi budgétaire standardisé entre les secteurs et investir dans des systèmes institutionnalisés de données et de suivi.
- Intégrer la nutrition dans l’ensemble des engagements du G7 : les engagements du G7 doivent comprendre des résultats clairs concernant la nutrition et la survie de l’enfant. Ces résultats, auxquels plusieurs secteurs participent, doivent avoir le soutien de mécanismes de mise en œuvre et de financement, et s’harmoniser aux plans, aux politiques et aux priorités des pays.
- Mobiliser de nouveaux financements pour les interventions essentielles en matière de survie de l’enfant et de nutrition :
- Obtenir du financement bilatéral et multilatéral pour des interventions éprouvées à impact élevé qui réduisent directement les décès évitables d’enfants, notamment les services nutritionnels intégrés, la vaccination, ainsi que la prévention et le traitement de la malnutrition. Cet objectif est tout particulièrement important dans les contextes les plus fragiles et touchés par les conflits où les pressions budgétaires et les interruptions de l’aide menacent la continuité des soins.
- Soutenir les initiatives mondiales et garantir le renflouement réussi des mécanismes essentiels (tels que les institutions de financement à vocation mondiale) et des banques de développement. Soutenir les initiatives mondiales coordonnées — telles que l’Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté pour le renforcement des politiques au niveau national, le Pacte mondial N4G pour l’intégration de la nutrition et le Child Nutrition Fund — grâce à des financements non affectés à des fins spécifiques afin de lutter contre la malnutrition.
Garantir l’accès universel aux actions nutritionnelles essentielles (ANE)
- Solidifier les systèmes de santé afin de fournir des services nutritionnels intégrés par le biais de plateformes de soins de santé primaires (SSP) et de couverture universelle (CU) : remédier aux goulots d’étranglement dans les systèmes de santé, notamment les pénuries de personnel, les faiblesses de la chaîne d’approvisionnement en produits nutritionnels, les déficits de financement et la fragmentation des systèmes d’information. Cette action mènerait à une prestation de soins améliorée, équitable et intégrée de toutes les ANE grâce aux plateformes de SSP et de CU.
- Investir dans des systèmes durables et sensibles à la nutrition : accroître les investissements dans des systèmes de santé, d’alimentation et de protection sociale résilients afin de favoriser l’accès universel aux actions nutritionnelles essentielles, en particulier au cours des 1 000 premiers jours. Cette action préconise notamment d’intégrer la nutrition dans les services liés à la santé et aux droits sexuels et reproductifs (SDSR) et de renforcer les approches préventives parallèlement au traitement de la malnutrition.
- Intégrer la nutrition dans la prévention, la préparation et la réponse aux pandémies (PPRP) : donner la priorité à la continuité des services essentiels de survie et de nutrition de l’enfant dans les contextes touchés par les conflits, les déplacements de population et les chocs liés au climat. Cette action contribue au renforcement de la résilience et à des programmes adaptés aux chocs; au soutien aux agents de première ligne; au renforcement des systèmes communautaires de santé et de nutrition; et à des approches de prestation menées localement qui atteignent les femmes, les nouveau-nés et les jeunes enfants les plus exposés, y compris de manière préventive avant la venue des chocs.
Adopter une approche « Une seule santé » pour renforcer la nutrition :
Renforcer l’intégration de la nutrition dans les initiatives multilatérales pertinentes qui visent la santé, les systèmes alimentaires et le développement.
- Investir dans des systèmes de santé résilients aux changements climatiques et sensibles à la nutrition : accorder la priorité à la nutrition en tant que composante essentielle de l’adaptation aux changements climatiques. Une telle démarche intègre des mesures liées à la nutrition dans les contributions déterminées au niveau national (CDN) et les plans d’adaptation nationaux (PAN). Tirer parti des évaluations de la vulnérabilité aux changements climatiques et en santé pour orienter les mesures d’adaptation en nutrition. Le Fonds vert pour le climat est un mécanisme déterminant pour intégrer la nutrition dans le financement de la lutte contre les changements climatiques et devrait être entièrement financé.
- Renforcer l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (EAH) : créer des mécanismes pour une meilleure intégration de l’EAH et de la nutrition dans les politiques et stratégies nationales. Promouvoir la mise en commun des ressources pour la mise en œuvre conjointe de programmes EAH-nutrition. Documenter et diffuser les expériences et les réussites des modèles de convergence afin d’en soutenir l’adoption et la généralisation.
- Intégrer les efforts qui visent la nutrition et les maladies tropicales négligées (MTN) grâce à une prestation de services coordonnée : renforcer les approches intégrées qui tiennent compte des liens entre les MTN et la malnutrition. Cette action exige une prestation coordonnée de traitements médicamenteux de masse, de suppléments en micronutriments et d’autres services de santé et de nutrition communautaires, en particulier pour les populations vulnérables et les enfants.
- Promouvoir des systèmes alimentaires durables et sensibles à la nutrition : mettre en place des systèmes alimentaires sensibles à la nutrition qui fournissent une alimentation abordable, salubre et nutritive. Soutenir les politiques et mesures législatives, fiscales et réglementaires qui favorisent une alimentation plus saine, des aliments enrichis sûrs et un meilleur étiquetage alimentaire. Jumeler la recherche et les innovations dans les systèmes alimentaires pour réaliser des résultats nutritionnels transposables à grande échelle.
Renforcer les systèmes des pays pour une plus grande responsabilisation
- Promouvoir le leadership et l’action des pays en ce qui a trait à la survie de l’enfant : soutenir les objectifs nationaux, les plans d’action de mise en œuvre, les bilans réguliers des progrès, ainsi que des systèmes de données et de suivi nutritionnels multisectoriels solides. Il convient également que les dirigeants portent une attention politique soutenue à la survie de l’enfant et à la nutrition. Identifier les défenseurs politiques dans les pays pour renforcer la responsabilisation.
- Soutenir des voies de financement durables et fixées au niveau national : aider les pays à élargir leur marge de manœuvre budgétaire (par des réformes fiscales ou des échanges de créances, par exemple), à améliorer la hiérarchisation et le suivi des priorités budgétaires, à renforcer la coordination multisectorielle, et à élaborer des plans prêts à être mis en œuvre ainsi que des approches de financement commun pour les services essentiels de nutrition et de survie de l’enfant.
- Promouvoir une action nationale coordonnée et multisectorielle de la nutrition : soutenir le financement de plateformes nationales durables qui réunissent plusieurs parties prenantes afin de coordonner l’action entre les secteurs de la santé, des systèmes alimentaires, de la protection sociale et d’autres secteurs connexes.
Annexe : Des générations en péril : ce que révèlent les données
L’ampleur de la crise mondiale est frappante :
- Mortalité actuelle évitable : près de cinq millions d’enfants meurent chaque année avant leur cinquième anniversaire, dont la moitié en raison de la malnutrition.[7] Pour sa part, la sous-alimentation maternelle, y compris l’anémie, contribue à plus de 115 000 décès de mères dans le monde chaque année.[8]
- La malnutrition a des répercussions à long terme sur la santé et le développement : toutes les formes de malnutrition, y compris la sous-alimentation, les carences en micronutriments, le surpoids et l’obésité, et les maladies non transmissibles liées à l’alimentation, ont des conséquences à long terme tout au long du cycle de vie.
- Les normes sociales et les différences biologiques rendent les femmes et les filles plus vulnérables à la malnutrition. Une mauvaise alimentation augmente les risques pendant la grossesse et l’accouchement, avec de lourdes conséquences intergénérationnelles sur le développement des enfants. La malnutrition au début de la vie augmente le risque de mortalité ainsi que les troubles de la croissance et du développement cérébral.
- Une mauvaise nutrition est un facteur de risque majeur des maladies non transmissibles, responsables d’environ 41 millions de décès par an.[9]
- Estimation de la mortalité supplémentaire attribuable aux coupes dans l’aide humanitaire : selon les estimations actuelles issues de la modélisation, une réduction de 20 % du financement de la santé entraînera jusqu’à 12 millions de décès d’enfants supplémentaires d’ici 2045.[10]
- La malnutrition perpétue la pauvreté et les inégalités économiques : une mauvaise alimentation nuit à la scolarisation, à la productivité et au potentiel de revenus sur l’ensemble d’une vie. De plus, elle affaiblit les économies mondiales et le développement du capital humain.
- Selon la Banque mondiale, les enfants qui souffrent d’un retard de croissance ont jusqu’à 33 % moins de chances de sortir de la pauvreté à l’âge adulte et gagnent nettement moins au cours de leur vie[11] .
D’un point de vue socio-économique, la sous-alimentation coûte 761 milliards de dollars US à l’économie mondiale (soit 2 milliards de dollars par jour), ce qui équivaut à 1 % de l’économie mondiale.[12]
[1]
[2] « 88 % des pays (sur les 141 pays analysés) sont confrontés à plusieurs formes de malnutrition » https://globalnutritionreport.org/reports/global-nutrition-report-2018/burden-malnutrition/
[3] UNICEF-WHO-World Bank: Joint Child Malnutrition Estimates (JME) – Levels and Trends – 2025 Edition
[4] UNICEF / WHO / World Bank Group Joint Child Malnutrition Estimates. Key findings of the 2025 edition
[5] https://www.nature.com/articles/d41586-025-00898-3
[6] «Nutrition for Growth» (N4G) – Paris Declaration 2025
[7] Organisation mondiale de la Santé : Mortalité infantile (enfants de moins de cinq ans); Principaux repères – Malnutrition
[8] Balarajan Y, Ramakrishnan U, Özaltin E, et al. Anaemia in low-income and middle-income countries. Lancet. 2011 ; 378(9809) : 2123–2135. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
[9] Organisation mondiale de la Santé : Preventing noncommunicable diseases
[10] Gates Global Goalkeepers Report 2025
[11] Groupe de la Banque mondiale: The Economic Costs of Stunting and How to Reduce Them
[12] The cost of inaction: a global tool to inform nutrition policy and investment decisions on global nutrition targets. Sakshi Jain, Sameen Ahsan, Zachary Robb, Brett Crowley, Dylan Walters
Liste des signataires :
- Alliance de la société civile pour le renforcement de la nutrition en République centrafricaine
- Association des Femmes de l’Europe Méridionale (AFEM)
- Association For Promotion Sustainable Development
- Barwaqa Relief Organization
- Réseau canadien pour les maladies tropicales négligées
- Coalition pancanadienne pour la santé des femmes (CanSFE)
- Concern Worldwide UK
- Defend NHI Campaign
- DISABILITY PEOPLES FORUM UGANDA
- Fundación HCV Sin Fronteras
- Global Alliance for Behavioral Health and Social Justice
- Global Enviro-Action
- Global Health Advocates
- Global Health Italian Network
- Programmes communautaires pour une bonne santé
- Health and Global Policy Institute (HGPI)
- International Youth Council – Yémen (IYCY)
- Korean Advocates for Global Health
- Initiative LiveWell (LWI)
- Physicians Association for Nutrition (PAN International)
- Première Urgence Internationale
- Initiative pour la santé publique
- Résultats Canada
- Rural Infrastructure & Human Resource Development Organization
- Save the Children
- SDG2 Advocacy Hub
- Somali Civil Society Alliance for Scaling up Nutrition (SCSA-SUN)
- The Norwegian Association for Post Conflict Development
- Initiative « Thriving Youth Leaders »
- UNASCAD (Union des Amis Socio-Culturels d’Action en Développement)
- WASHNet, Sierra Leone
- Wote Youth Development Projects (organisation communautaire)
- Zicabangeleni Proje