Récits
Développer le leadership des femmes dans les systèmes de santé locaux
09 March, 2026
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Impliquer les hommes dans les décisions relatives à la santé et au foyer
Au Sénégal, dans la région de Kaffrine, l’approche de l’École des maris fait évoluer les normes en matière de masculinité, de responsabilité partagée et de santé familiale.
Publié le 09 March 2026
Abdoulaye et Fatou, mari et femme, participent à des discussions de groupe qui remettent en question les stéréotypes de genre et renforcent les compétences en communication.
À Maabo, une ville de la région de Kaffrine, au Sénégal, Abdoulaye Diallo est un homme connu. Conseiller municipal, souvent sollicité pour régler des différends ou représenter la commune lors des rencontres officielles, il incarne l’autorité locale. Travailleur, engagé, père de famille, Abdoulaye se voyait comme un homme accompli, responsable, respecté.
Mais derrière cette image publique se cachait une réalité plus fragile.
À la maison, les échanges avec sa femme Fatou Seck tournaient fréquemment à la dispute. Les incompréhensions s’accumulaient, la fatigue aussi. Fatou portait l’essentiel de la charge domestique et familiale, tandis qu’Abdoulaye, absorbé par ses responsabilités et ses engagements, estimait faire sa part en assurant les besoins matériels du ménage.
Pour lui, la gestion du foyer relevait naturellement de sa femme, et il n’avait jamais vraiment porté attention à la division du travail. La santé de la reproduction, la nutrition, les soins des enfants étaient perçus comme des sujets secondaires, éloignés de son rôle d’homme et d’élu local.
Les Écoles des maris (EdM) ont été introduites à Maabo dans le cadre du Projet Intégré de Nutrition et de Genre au Sénégal (PINGS), mis en œuvre par Nutrition International et ses partenaires avec le soutien financier du Gouvernement du Canada. Abdoulaye s’est d’abord montré réticent.
« Moi, aller m’asseoir pour qu’on m’apprenne comment parler à ma femme ? » disait-il avec sceptisme.
Il voyait ces rencontres comme une remise en cause de son autorité et de son statut social.
Mais autour de lui, des hommes qu’il respectait ont accepté de participer. Des agents de santé, des leaders communautaires, des pères de famille ordinaires. Par curiosité plus que par conviction, Abdoulaye a fini par assister à une première causerie, sans intention réelle de s’impliquer.
Ce jour-là, quelque chose a basculé.
Il n’a pas entendu des leçons. Il a entendu des témoignages. Des hommes parler de leur colère, de leurs disputes, de leur difficulté à écouter. Il a reconnu ses propres réactions dans les récits des autres. Pour la première fois, il a compris que la colère n’était pas une preuve de force, mais souvent un aveu d’impuissance.
Les échanges sur la nutrition et la santé de la reproduction ont élargi son regard. Il a réalisé que les consultations prénatales, les dépenses de santé et l’alimentation équilibrée n’étaient pas uniquement des obligations féminines, mais des responsabilités partagées. Les discussions sur la masculinité positive ont été décisives : elles lui ont montré qu’un homme respecté est avant tout un homme capable de se remettre en question.
Abdoulaye a décidé de rejoindre pleinement l’École des Maris.
La formation de cinq jours a marqué un tournant. Il a appris à reconnaître les signaux de tension, à maîtriser ses émotions, à être ouvert au dialogue. Les sessions sur la communication dans le couple ont profondément résonné en lui. Il a compris que parler sans crier, écouter sans juger et décider ensemble rendaient la dynamique du couple plus juste.

Un exemple de ce changement d’état d’esprit chez Abdoulaye s’est produit un soir après une journée particulièrement difficile. Il s’est assis avec Fatou et l’a laissée parler jusqu’au bout. Il a entendu sa fatigue, ses inquiétudes, ses attentes, sans interruptions. Pour Fatou, ce moment a marqué un tournant important.
Abdoulaye a commencé à accompagner sa femme au poste de santé, à s’impliquer dans certaines tâches domestiques et à soutenir plus activement l’éducation des enfants.
Le foyer s’est apaisé. Les enfants ont ressenti le changement. Fatou aussi. La maison est devenue un lieu de dialogue plutôt que de confrontation. « Le jour où Abdoulaye s’est assis pour m’écouter sans se fâcher, j’ai compris que quelque chose avait vraiment changé. Je ne reconnaissais plus l’homme qui me parlait : il était calme, attentif, présent. Ce n’était plus seulement mon mari, il était devenu mon partenaire », témoigne Fatou.
Fort de cette transformation, Abdoulaye est devenu l’un des pairs maris les plus écoutés de Maabo. Son statut d’élu, combiné à son expérience personnelle, lui confère une légitimité particulière. Lors des causeries, il parle sans donner de leçons. Il raconte son propre cheminement, ses erreurs, sa colère d’hier.
« Si moi, avec mon caractère, j’ai pu changer, alors tout homme peut le faire », répète-t-il souvent.
Avec les autres membres de l’École des Maris, il anime des thé-débats, mène des visites à domicile et participe à la mise en œuvre des plans d’action communautaires. Il utilise un langage simple, respectueux, ancré dans les réalités locales, exactement comme le promeut l’approche des EdM.
Les résultats de l’évaluation à mi-parcours du PINGS montrent une amélioration significative des attitudes et des comportements des hommes en matière de partage des responsabilités domestiques, de communication au sein des couples et d’implication dans la santé familiale.
À Kaffrine, l’engagement des autorités locales, dont des conseillers municipaux comme Abdoulaye, a permis d’aller plus loin. L’institutionnalisation des EdM par des arrêtés municipaux soutient la pérennité de cette approche au-delà du projet et aide à inscrire durablement ces changements dans les dynamiques communales.
Aujourd’hui, Abdoulaye le dit avec calme et conviction :
« Être un homme respecté dans la communauté commence par être un homme juste dans son foyer. »
À Maabo, son histoire inspire d’autres hommes. Et à travers elle, c’est toute une communauté qui apprend qu’en transformant les relations au sein du ménage, on transforme durablement la société.